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TERRITOIRE EN LUMIERE

Mais quelle est la LÉGENDE ?
La légende du pays de Colombey
Le hasard est souvent à l’origine des plus belles histoires.
Ginette, Gaspard et Gérard se préparent pour une longue nuit d’observation des étoiles. Une fois par mois, à chaque nuit sans lune, ils se retrouvent sur la butte au-dessus de l’étang de Favière. C’est ainsi depuis qu’ils ont créé leur club d’astronomie : le GGG, le gang des guetteurs de galaxies.
Leurs sorties sont réglées comme une horloge. Ils se retrouvent une heure avant le coucher du soleil. Ils installent leur campement. Ils regardent le soleil disparaitre en dessous de la ligne de l’horizon. Ils mangent quand l’étoile du berger apparait. Un digestif quand mars et saturne arrivent. Puis, à l’arrivée de Cassiopée, ils s’allongent et attendent la voie lactée.
Ce soir-là, comme d’habitude, la table de pique-nique est dressée avec soin. Les lunettes astronomiques sont réglées avec précision. En revanche, le campement n’est qu’à moitié monté. Les sardines refusent de s’enfoncer dans le sol. Ginette attrape son plus gros maillet et frappe de toutes ses forces. On entend un gros CLING ! Il y a un objet métallique, là-dessous. Le GGG se met à creuser et déterre un gigantesque coffre en fer forgé. Ils l’ouvrent avec l’espoir d’y trouver un trésor, mais à l’intérieur il n’y a que de vulgaires cailloux tout gris. Très déçu, ils les jettent autour de l’étang et ils reprennent, sans entrain, leurs bonnes vieilles habitudes. Ils s’allongent en attendant la voie lactée.
A l’arrivée de Cassiopée, la lumière n’arrive pas du ciel mais de la terre. Une lumière étincelante jaillit des milliers de cailloux tout gris qu’ils ont jeté autour de l’étang. Le GGG n’en croit pas ses yeux.
Dès le lendemain, ils font expertiser les pierres et ce qu’ils découvrent est encore plus précieux qu’un trésor. Ces pierres sont des pierres de météorite composées d’une matière inconnue. Elles absorbent l’énergie du soleil pendant la journée, et elle la recrache la nuit. Elles sont entrées dans l’atmosphère le 7 novembre 1776. Quant au coffre en fer forgé, il a été fabriqué par un forgeron de Mont l’étroit en 1776 également. Quand tout coïncide, c’est que nous ne sommes pas loin de la vérité. Mais qui a bien pu entreposer ces pierres dans le coffre ? La personne qui vivait à côté de l’étang de Favière en 1776.
La recherche qui nous parait la plus simple aujourd’hui, c’est avéré être la plus compliquée. A l’époque, il n’y avait pas de registre d’état civil comme maintenant, ni de cadastre. Par chance, un certain Bottin de Grimonviller, en avance sur son temps, avait passé sa vie à tout consigner dans des carnets. Les naissances, les mariages, les métiers, les propriétés, les histoires. Tout, dont l’histoire de cet l’homme qui vivait là en 1776 et qui avait rangé toutes ces pierres dans le coffre. Il était celui que les villageois appelaient le fou.
Il y a 250 ans, sur la butte de Favière vivait un fou.
A cette époque, il n’y avait pas encore d’étang. Cette terre ressemblait plutôt à un immense bric à brac. Parce que la folie de ce fou était d’accumuler toutes sortes d’objets. Il passait ses journées à sillonner la campagne et à ramasser tout ce qu’il trouvait. Un sabot cherchant sa paire perdue sur un trottoir, un mouchoir en tissu tombé d’une poche trouée, une lettre d’amour, tout finissait dans son sac.
Toutes ces choses, il les entreposait chez lui, au dedans et au dehors et il les classait par forme, taille et couleur. Le dedans de sa petite maison était tellement encombré, qu’il ne pouvait plus s’y allonger. Alors, il dormait sur le perron à la belle étoile.
Dans la nuit du 7 novembre 1776, une boule de feu a traversé le ciel. Il était très exactement trois heures du matin. Tout le pays était plongé dans un sommeil profond. Seul le fou était encore réveillé. Il regardait la lune, en rêvant qu’un jour il pourrait s’y promener. La boule de feu a explosé en milliers de morceau lumineux et une pluie de lumière est tombée sur le pays de Colombey. Un morceau beaucoup plus gros que les autres s’est enfoncé dans le sol juste à côté de la maison du fou, et y a creusé un cratère. Cette pierre lumineuse qui venait du ciel, et qui venait d’exploser devant ses yeux ne pouvait provenir que de la lune. Il en était sûr. Un morceau de lune venait de tomber à ses pieds. Il était fou de joie. Il allait pouvoir commencer une nouvelle collection.
Le lendemain, il est parti à travers la campagne avec sa brouette, déterminé à retrouver toutes les pierres de lune qui étaient tombées sur terre cette nuit-là. A chaque personne qu’il croisait il criait : « je ramasse les pierres de lune qui sont tombées la nuit dernière ! ». Les personnes lui souriaient et détournaient la tête. Personne ne le croyait.
Sa quête a duré de nombreuses années. Le matin, il partait avec sa brouette et le soir il triait les pierres. C’était facile. A la nuit tombée, les pierres de lune s’illuminaient. Il ne lui restait plus qu’à séparer les pierres lumineuses des grises. Les lumineuses d’un côté et les grises de l’autre. Les lumineuses dans un coffre et les grises à côté. Une fois toutes les pierres classées, il refermait le coffre avec précaution. Non pas qu’il craigne les voleurs. Non. Mais parce que les pierres de lune recrachaient tellement de lumière, qu’il ne pouvait plus observer les étoiles, ni même trouver le sommeil.
Pendant des années, le pays entier s’est amusé à regarder le fou ramasser ses pierres. Cette énergie sans repos suscitait l’admiration. Il était la personne que tout le monde connaissait. Il était un repère. Si tu étais du pays, tu connaissais Colombey ! Car Colombey était le nom de ce fou.
A la mort du fou, le terrain a été vendu, son bric à bric a été détruit, sa petite maison vidée, et son histoire oubliée. Sa maison est aujourd’hui un restaurant, le cratère, un étang et les pierres de lune, des météorites.
Dans le carnet de ce fameux Bottin, une carte a été retrouvée. Sur cette carte sont dessinés des pas et des points étincelants. Les pas représentent tous les chemins que le fou a parcouru. Les points étincelants représentent tous les endroits où il a trouvé des pierres de lunes. Si tu traces une ligne, entre chaque point, tu verras se dessiner un pays, le pays de Colombey.
Ce fou a donné son nom au pays de Colombey, le seul pays au monde dont les contours ont été dessiné par des pierres de lune.
